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......Six heures. Debout. Déjà ?! Ah oui, déjà, je ne rentre pas en cours avant neuf heures et quart donc j'ai eu de la marge. L'air est humide, le ventilateur ronfle à mes pieds découverts par la couverture. Je me redresse, attrape ma montre en m'étirant difficilement, je règle l'alarme pour dans quelques minutes et me laisse choir. Encore quelques instants, s'il vous plaît, j'ai les yeux encore tout secs.
......Je me fais enfin violence, mon alarme sonne, je me lève, plie mon B-Z avec grands bruits. Une fois la lumière allumée, je chausse mes lunettes et parcours ma chambre d'un oeil torve. La tapisserie jaune, le portrait d'un cheval gris peint au dessus de ma tête, et puis son "voisin de boxe" un percheron dans l'encadrement d'une fenêtre, haut-relief accroché plus à gauche sur le mur. Je les salue silencieusement du regard, à mon étrange habitude. Etrange. Voilà qui caractérise ma manière de penser, donc parfois même de faire. Je jette un oeil à l'écran de mon ordinateur encore éteint. Du bout de l'orteil, j'appuie sur le bouton circulaire, à la peinture métallique un peu usée déclenchant un grand bruit de soufflerie qui irait en diminuant. Satané ventilateur, il doit être encrassé, je ne l'ai toujours pas nettoyé. Les lumières bleues éléctriques de la souris, du clavier et de la tour s'allume. Seul l'écran paraît drôlement arriéré par rapport au design futuriste du reste, avec la souris à laser et le clavier noir aux touches plates. Peu m'importe. Du temps qu'il marche, lui au moins.
Passant par la cuisine aux volets continuellement ouverts, comme lorsque j'étais chez mes parents, comme par un hommage ; j'attrape une paire de yaourts nature, du sucre en poudre et une cuillère. Je m'assieds à mon bureau, face aux pixels. Décidément, il a un problème celui-ci.
......" Alors Dudulle toujours aussi lent au démarrage ?" lui demandais-je, ou plutôt me demandais-je à moi-même.
......Une fois bien installé, la souris survola l'écran, ouvrant une page internet, et me connectant à la messagerie. Je mangeais mon yaourt, silencieuse pendant ce temps.
......" Putain ça arrête jamais !" La flèche n'apparaissait plus à l'écran, quoi que je fasse et quelque soient mes efforts. Allez, un petit alt-contrôle-supprime s'il vous plaît. Aucune réponse. Tant pis, je file m'habiller à la salle de bains, une petite pièce comprenant baignoire, évier, tiroirs, glace. Et bordel. Mais bon ça... Je rangerais à fond la maison ce week-end, la pauvre elle en a bien besoin. Allez, dentifrice, brosse à dents, brosse à cheveux, lotion-jeune. Il me faut au moins ça pour un réveil à peu près total. Avec un grand jet d'eau dans la face.
......Je me regarde dans la glace. Pas très grande (disons un mètre soixante-dix...un fois dépliée), des cheveux raides chatain-clair avec quelques mèches blondes (Ô rage, Ô désespoir...) très longs (tiens, il faudrait voir un coiffeur...) avec les vestiges d'une frange sur le côté droit, mèche blonde devant comprise, me donnant un air angélique. Quand je n'ai pas mes lunettes. Un visage assez pâle, qui prend plus de coups de pixels que de coups de soleil, des yeux bleus dont la teinte devient parfois incertaine, un petit nez assez commun. Je n'aime pas m'observer dans la glace. A chaque fois, ça me perturbe un peu. Je ne me dis pas que je suis moche, mais si je me trouve un peu belle à ma façon, c'est la guerre avec moi-ême. Etrange, non ? Mais je ne supporte pas m'élever moi-même au dessus des autres. Ni de me donner des qualités. Les qualités, je les laisse aux autres, je les découvre chez eux. Bien sûr, mes amies parfois me disent ce qu'elle pensent de moi en bien, mais même si elles le pensent vraiment, je les prends au départ avec un plaisir énorme (normal, me direz-vous) puis d'un coup je me dis que non, je ne mérite pas ces qualificatifs, alors je reprends un air impassible, silencieuse. Souvent silencieuse, trop même. Je préfère observer, comprendre et apprendre par moi-même, plutôt que de poser sans arrêt des questions ou être de trop dans une conversation.
......Voilà, une légère touche de parfum, j'attrape mon ticket bleu de métro, mon sac, mon bol de riz pour midi et me recale à l'ordinateur. Dieu bénisse cette intention, au même titre que la connexion Internet ou le WIFI. Ou mieux, dieu bénisse tous les informaticiens, mais bon ça voudrait dire Dieu bénisse mon frère. Il faut pas pousser non plus. Même si pour moi, il est tout, tout ce que j'ai perdu et que je ne retrouverais jamais. Mon pilier, mon équilibre. Il lui arrive d'être brusque, blessant, mais personne n'est parfait.
......Je surfe sur plusieurs pages, lis quelques mises à jours qui viennent d'être publiés la veille. J'entends mon frère se doucher. Le départ est pour bientôt. Je soupire.Voilà c'est l'heure. J'ouvre enfin la porte, il pleut. Merde.
......Je me dépêche de monter en voiture, mon frangin au volant. J'aime quand il conduit, avec lui je n'ai pas peur.
......On arrive aux frontières de Toulouse, je descends et cours jusqu'à la station de métro. Comme j'habite plus loin, je monte au terminus, la station de Basso-Cambo. Un signe de main à mon frère, et il part travailler. Je regarde la voiture partir, comme à regret et rentre dans la bâtisse, prenant des journaux au passage. Après tout, pourquoi pas ? Je ne les lirais pas aujourd'hui, pas vraiment envie. La pluie me déprime déjà, et il n'est même pas huit heures et demie. Voilà qui promet. Je passe mon ticket dans la borne, jettant un clin d'oeil complice au vigile. Un brave homme, vêtu comme les autres de son costard-cravate, mais lui je le vois souvent. Bref... Les escaliers, je laisse la rame à quai partir et prends la suivante. Je m'assieds, juste à côté de la porte, maintenant j'ai compris que la plus grave erreur était encore de rester debout et de se mettre au côté opposé aux portes. Car si on croit que le métro ne se remplit globalement, que peu à chaque arrêt, on se met le doigt dans l'oeil. L'avant dernier arrêt avant ma sortie, tous les jours, c'est une foule, que dis-je une masse noire qui s'encastre dans la rame. Les Arènes. Le nom de cet arrêt très fréquenté. Et pour sortir à l'arrêt suivant, vous, pauvre petit pélos coincé contre les portes qui ne s'ouvrent jamais car du côté gauche, vous devez vous battre dans cette jungle, pousser tout le monde, en disant "Pardon, escusez-moi, je sors...Excusez-moi...". Et encore, je ne parle pas des fois où j'ai largué les parachuttistes, parce que le sac qui glisse de l'épaule et qui tombe par terre alors que les portes se refermeront bientôt...heureusement que certains jours il y a des âmes secourables pour me tendre mon sac plein à craquer.
......Je sors à l'air libre, place Patte-d'Oie, et me dirige vers mon lycée. Ces rues de Toulouse sont déjà un peu peuplées, malgré l'heure. J'admire les bâtisses autour de moi, ces batisses à la couleur de brique donnant son sens à la Ville Rose. Ici, le pavé même de la zone piétone est d'une belle couleur rousse, la seule couleur chaude qu'on aperçoit avec ce ciel si gris. Cette pluie si froide. Je rentre dans l'enceinte du lycée. je fonce m'asseoir sur un banc, et m'aperçois que j'ai oublié mon portable chez moi. Re-merde. Tant pis.
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Alors le début, vos impressions ? J'ai prévenu, c'est absolument pas le même genre, là on reste encore dans le réalisme.
